L’addiction et la dépendance dans le BDSM : et si on en parlait pour de vrai ?
Les phénomènes d’addiction et de dépendance sont malheureusement monnaie courante dans les relations BDSM, aussi bien envers des pratiques spécifiques qu’envers sa.on partenaire de jeu (en général, c’est la.e soumis.e qui se sent dépendant.e de sa.on Dom)… et on en parle bien trop peu à mon goût, dans le milieu !
Pourtant, ouvrir la discussion à ce sujet pourrait permettre à chacun.e de mieux comprendre ce qui se passe exactement et donc, de beaucoup aider à gérer voir résoudre les comportements d’addiction ou de dépendance.
Et comme d’habitude, tu commences à me connaître, “être le changement qu’on souhaites voir dans le monde” blabla tout ça… donc voici ma petite pierre à l’édifice, vers un BDSM toujours plus sain, safe et consensuel !
L’addiction à des pratiques
L’addiction à des pratiques (très couramment le moneyslavery / contrôle financier, l’humiliation ou le chantage / blackmail) passent parfois inaperçues ou, pire, se retrouvent encouragées et valorisées comme s’il s’agissait d’un bon comportement de soumission.
L’addiction et l’alimentation de l’addiction NE SONT PAS de bons comportements ou des choses à valoriser dans une relation D/s. Lorsqu’on est addict, on perds la capacité à donner un consentement libre et éclairé et à savoir (se) poser des limites, car c’est l’addiction qui s’exprime… et il est très dangereux de l’ignorer.
Toute pratique BDSM peut être pratiquée de façon saine, tant que le consentement peut être donné de façon libre et éclairé et que les moments d’emprise (même très intenses) sont temporaires, qu’on parvient à en sortir une fois la session terminée et à vivre son quotidien sans être obsédé par l’envie de recommencer.
Et si tu n’es pas certain.e de savoir faire la différence entre adorer une pratique et addiction, voici 3 signes qui devraient t’alerter :
Si t ne peux pas t'en passer, que ça te prends beaucoup de ton temps et de t'on énergie, qu'y penser occupe beaucoup de ton espace mental et que l'activité en question as des répercussions négatives sur ta vie professionnelle, personnelle ou familiale (par exemple : tu ne peux plus sortir avec tes ami.es car tu sais que tu ne pourras pas faire la pratique en question pendant la soirée que vous passerez ensemble ou, tu te retrouves contraint d'aller faire des aller-retours au toilettes pour la faire en cachette...).
Si la fréquence est tellement élevée que tu te mets en danger (détresse financière car tu perds complètement le fil, etc.)
Si tu utilise la pratique concernée dans le but de te distraire, ne pas penser à des choses importantes ou fuir tes émotions. Faire une hyper-fixation sur une activité pour compenser et/ou oublier de faire attention à certaines réalités, voir ta santé mentale, ça peut arriver, sur une courte période particulièrement intense et difficile à traverser... mais ça ne doit pas durer ! Se noyer dans une pratique BDSM pour fuir et/ou oublier... ce n'est pas sain !
La dépendance au ou à la partenaire dans les relation D/s
Les relations D/s sont des terrains extrêmement fertiles à la dépendance, car leur fondement repose sur le fait de mettre la.e Dominant.e sur un piédestal et d’alimenter consciemment le fait de se sentir inférieur.e à ellui.
Ce rapport de pouvoir volontaire et développé de façon saine, encourage le lâché-prise et permets au ou à la soumis.e de se sentir complètement vulnérable, voir sous emprise… et donc de se laisser guider très loin dans l’univers fabuleux de ses fantasmes.
J’en parlais justement dans l’article du mois dernier : dans ce genre de relations, développer des émotions ou un attachement proche de l’amour romantique est très courant ! Les soumis.es tombent souvent amoureux de leur Dominant.e, de la même façon que les patients craquent pour leurs thérapeute ou les écoliers pour leur maîtresse d’école.
Là où il y a rapport de pouvoir et de domination, là où on partage beaucoup de lacher-prise et de vulnérabilité, il y a admiration… et l’admiration se transforme très facilement en lien de dépendance.
Cette dépendance à sa.on Dom n’est pas dangereuse, à partir du moment où le dialogue est possible et surtout ouvert rapidement. Parvenir à développer un regard nouveau sur le ou la Dominant.e et réaliser qu’iel est humain.e et finalement bien plus vulnérable et semblable à nous qu’on le pense, peut grandement aider.
Addiction ou dépendance… comment s’en sortir ?
La première étape est de poser les mots sur ton addiction ou ta dépendance et d’en parler à ta.on Dom (qui, si iel est safe, prendra le temps de t’accompagner pour t’aider à aller vers des comportements plus sains pour toi) et/ou à un.e thérapeute spécialisé.e dans les troubles de dépendance et d’addiction.
Je te recommande un.e psycho-sexologue, qui sera peut-être d’autant plus à même de comprendre la situation en profondeur et donc te venir en aide de façon plus efficace, mais ce n’est pas obligatoire : des thérapeutes non spécialisés en sexologie mais assez ouverts pourront certainement t’aider tout aussi bien !
En complément ou en parallèle, un entraînement BDSM préparé avec soin par ta.on Dom pourra aussi, éventuellement te soulager, en te soumettant à des exercices qui te permettront de mieux contrôler, petit à petit, ta dépendance ou ton addiction.
Renvoyer un.e soumis.e avec une addicion n’est pas, selon moi, la meilleure façon de l’aider (au contraire même, parfois).
Interdire formellement un comportement d’addiction ne sert à rien hormis braquer la personne qui le présente. Il faut que celle-ci laisse petit à petit le contrôle, en retrouvant la sensation qu’elle recherche (contrôle de ses finances par quelqu’un d’autre, par exemple) dans des habitudes plus saines et sécuritaires pour elle (faire ses comptes et budgétiser, par exemple) tout en étant accompagné.e.
Pour arriver à cela, la clé, est de trouver précisément ce que le comportement addictif apporte / ce que la personne recherche en le faisant et de proposer des alternatives plus saines.
Petit récit fictif pour imager…
S me contacte et me demande de le faire raquer régulièrement, mais exprime aussi de la détresse financière. Le besoin d’alléger son portefeuille n’est pas raccord avec ses moyens et raquer régulièrement le mets en danger et provoque chez lui des insécurités financières.
J’interroge D sur ce que lui procure le fait de “raquer” et lui propose de le prendre en main de façon plus saine, ce qu’il accepte. Il se trouve que donner de grosses sommes d’argent lui permets de trouver une forme de sécurité dans la relation D/s. Il a alors l’impression de capter l’attention de sa Dom et de pouvoir lui faire plaisir… choses qu’il pense impossible sans l’envoi de grosses sommes. Je sais désormais qu’il faut que je valorise le fait de donner de l’attention à D et le valide dans le fait que son comportement me fait plaisir et me rends fière de lui, pour déconstruire cette croyance à la base de sa dépendance.
Je l’accompagne dans le fait de faire ses comptes et nous convenons ensemble d’un budget dédié à nos échanges. Je lui dis que ce qui me ferait très plaisir, serait de prendre le temps d’échanger avec lui de façon régulière et nous convenons qu’il commande un petit social-time ou une séance par semaine tout en restant libre de pouvoir m’envoyer un petit message de temps en temps s’il en ressens vraiment le besoin.
Pouf : magiquement, ce que recherche D est apporté par le fait de consommer de façon saine et contrôlée et non plus par le fait d’envoyer des gros virements dans tous les sens !
Lors de nos séances hebdomadaires, je valide D lorsqu’il suit bien mes instructions et lui rappelle que c’est ça qui me comble de bonheur, que je suis très fière de lui. Je suis son évolution et l’encourage à explorer d’autres pratiques BDSM pour que nous puissions jouer ensemble (et qu’il puisse jouer seul !) et le valorise dans sa progression.
Avec le temps, D s’épanouit dans d’autres pratiques BDSM et son addiction pour le fait de raquer est complètement apaisée. J’espace les séances en lui donnant quelques instructions pour continuer d’explorer et d’évoluer en autonomie entre deux moments à deux.
D pourra maintenant explorer le BDSM de façon plus saine, sécuritaire et sereine, avec moi, en solo, mais aussi avec d’autres Dom ou partenaires, s’il le souhaites !
Le petit mot de la fin <3
Même si chaque soumis.e que j’accompagne sur la durée représente une petite part de stabilité financière pour moi, je suis bien loin de chercher la dépendance de ces dernier.es ou à les garder pour moi pour toujours. Permettre aux personnes que j’accompagne d’explorer le BDSM de façon libre et autonome, en leur donnant les clés pour développer elle.ux-même les outils nécéssaires à cet épanouissement… c’est ça, la base de ma philosophie et de mon plaisir.
Prends soin de toi et, si tu sens que ta relation à tes pratiques préférées devient toxique, n’hésite pas à chercher de l’aide !